L’amour en Ermitage
Le temps est venu, pour Corinne Polowczyk, de prendre du temps pour soi, pour elle, pour ses petits-enfants, pour lire, faire un peu de sport et pourquoi pas un peu de bénévolat. Après 26 années passées au service de la première tonnellerie entrée chez Charlois, Corinne a choisi de prendre sa retraite.
Demander son âge à une dame, ça ne se fait pas. Après tout, ce ne sont que des années, des trimestres, qui se succèdent jusqu’à la retraite. Une nouvelle vie commence. « Je ne sais pas de quoi elle sera faite, ce que seront mes journées. Pour l’instant, ce sont des vacances ». Depuis son bureau, Corinne a une vue dégagée sur l’entrée de la tonnellerie, sur le parc à merrain. En novembre 1999, lorsqu’elle est embauchée chez Berthomieu/Ermitage, les ateliers de production sont toujours en Isère. La partie administrative, seule, est à La Charité. « Nos bureaux, c’étaient des algécos. Les travaux de construction de ce qui allait être la tonnellerie étaient en cours ». De l’index, à travers la vitre, Corinne m’indique le parking, aujourd’hui réservé au stationnement des véhicules, où était son bureau. Au milieu de rien.
Hauts de France
Corinne est née dans la région de Lille, près de Douai. Une enfance passée dans les quartiers populaires de ce pays de tradition où la mine et les corons font partie du décor. « Mon père était électricien dans les mines. Lorsqu’il partait le matin, on se demandait s’il allait rentrer le soir ». De cette enfance heureuse, au milieu d’une famille nombreuse et soudée, Corinne garde un souvenir précieux et des valeurs de solidarité, de travail et de courage. Son arrivée dans la Nièvre, dans les années 90, coïncide avec la volonté de Corinne de renouer avec le monde du travail. « J’ai fait une remise à Niveau de mon BTS Assistante de Direction à l’AFPA, à Nevers. Niveau secrétariat, je n’avais rien perdu, c’est comme pour le vélo, mais les cours étaient en anglais. Et là, j’ai travaillé dur pour y arriver. J’ai obtenu mes certificats ». Par le biais d’une connaissance, elle décroche un stage à la Tonnellerie Berthomieu, qui s’approvisionne en merrain chez Charlois et dont l’unité de production est en Isère. Nous sommes en 1999.
L’univers du fût de chêne
Les travaux de la nouvelle Tonnellerie Berthomieu se terminent. L’unité de production quitte Vinay, dans l’Isère, pour s’installer définitivement à La Charité, plus près du merrain. « J’ai vraiment le sentiment que c’était hier. Tout est allé tellement vite. Toutes les transactions se faisaient par fax, aujourd’hui c’est le mail, uniquement. Chez Charlois aussi ça va très vite ». En 2006, la Tonnellerie Berthomieu intègre Charlois et sera la première tonnellerie du groupe. En 2007, c’est le lancement de la marque Ermitage. « L’arrivée de Charlois a changé pas mal de choses. J’ai vu démarrer Vincent (Chaminion), il était tout jeune. J’ai vu la boîte évoluer, se développer. Je me souviens de déjeuners à Murlin avec Denis, Sylvain… Nous étions installés dans la salle à manger de Denis. Il y avait le bar en face. Une autre époque, mais ce n’est pas si loin en fait ».
Voyage, voyage
En 26 ans, les rencontres se sont succédé, des amitiés sont nées. En qualité d’assistante commerciale, Corinne s’est occupée de réceptionner les commandes de fûts des commerciaux et des agents de la tonnellerie, de leur mise en production et de leurs expéditions vers les clients, principalement à l’export. « Même si je ne quitte quasiment jamais mon bureau, durant toutes ces années j’ai voyagé derrière mon écran. Les États-Unis, l’Australie, l’Amérique du Sud, la Grèce… Il y a même certains clients avec lesquels des amitiés sont nées… par mail. On a appris à se connaître ». Durant toutes ces années, Corinne s’est également attachée à transmettre ce qu’elle a appris, ce qu’elle sait des fûts, de leur fabrication, de la tonnellerie et de ses coulisses. Depuis le mois d’août dernier, c’est à Chloé, qui va lui succéder, qu’elle a transmis les ficelles du métier. « Je pars sereine, l’esprit tranquille. Chloé a tout compris, très vite. Je vais tourner une page, entamer un nouveau chapitre, mais il y a cet attachement à l’entreprise malgré tout. Elle a mon numéro, au cas où ».
Trois questions à Corinne :
26 ans, un quart de siècle… que retenez-vous de ces années ?
Je me dis que la vie est faite de rencontres, que le temps passe vite. Qu’il faut profiter de chaque instant. J’ai aimé ce travail, j’ai toujours eu plaisir à venir. Je me souviens des débuts, où il n’y avait rien. Je suis originaire du Nord de la France, j’ai une grande famille, le sens de la famille. À Noël, nous étions presque 100 à table, ça peut paraître démesuré mais c’était comme ça. J’ai retrouvé un peu ce sens de la famille ici.
Chez Charlois ?
Oui. Quand je suis arrivé, en 1999, nous étions beaucoup moins nombreux. J’ai vu Pierre et Louis grandir, j’ai vu Sylvain prendre les rênes de la boîte après la disparition de son frère Lionel. Vraiment, il y avait cet esprit de famille. La famille s’est agrandie depuis, même beaucoup, mais s’attache à garder ses valeurs, ce côté humain. Je pense à Denis qui avait l’habitude de passer tous les matins à la tonnellerie, on prenait le café ensemble, il y a quelques temps encore.
Et la retraite ?
Comme je vous l’ai dit, une page se tourne, mais j’en ai encore quelques-unes à écrire. Je vais prendre un peu de temps pour moi, m’occuper de mes petits-enfants, avec Patrick (Larivé, responsable des approvisionnements bois chez Charlois, son conjoint depuis 20 ans), nous en avons 5, que des garçons. Maintenant que je vais avoir du temps, je vais être un peu plus sollicitée je pense. Je vais sans doute aller un peu plus souvent dans ma famille qui est restée dans le Nord, en attendant que Patrick prenne sa retraite lui aussi. Il y a le jardin à s’occuper, je vais continuer le sport, le Yoga et j’aimerais faire du bénévolat, aider ceux qui en ont besoin. On verra bien. J’ai le temps d’y penser.
Photographie: Christophe Deschanel